“CORPS, LIEUX, FRONTIÈRES” – Trois jours contre la marchandisation des territoires
Invitation à contribuer à la rencontre
[Salento, 26–28 juin 2026]

Dans la Grèce antique, la xénia désignait le rituel de l’hospitalité envers l’étranger qui frappait à la porte. Voyageur, naufragé ou fugitif, l’hôte recevait soins et honneurs qu’il était tenu, un jour, de rendre. Au fil des siècles, les règles de la xénia ont fait de la Méditerranée un espace d’hybridations et de croisements, un espace de possibles, où l’altérité et l’inconnu contaminaient l’identité des peuples.
Aujourd’hui, à des siècles de cette idée, nous, habitantes et habitants d’un petit fragment de terre méditerranéenne, savons que nous vivons aux marges de ce centre de pouvoir appelé Occident. Un Empire qui a contraint l’horizon universel de l’histoire à l’intérieur des frontières de sa souveraineté. Au prix de migrations forcées, de désertification, de génocides et de destruction des écosystèmes, sa violence a imposé la domination du profit et la pensée unique d’un développement techno-industriel prétendument inéluctable.
Sur le territoire où nous vivons, à la frontière méridionale de l’Empire, on parle encore le griko, une langue ancienne issue du grec. En griko, sséno, mutation de xénos, désigne celui ou celle qui vient d’un ailleurs indéterminé. Aujourd’hui encore, alors que la Méditerranée est devenue un espace de refoulements, de frontières militarisées et de marché touristique, nous ressentons notre lien avec cette racine historique ; c’est cette conception de l’espace que nous voulons habiter et traverser. Tandis que le pouvoir rejette sur l’étranger la responsabilité de la misère dans laquelle il a fait sombrer des populations entières, nous reconnaissons nos complices en celles et ceux qui, comme nous, vivent aux marges de l’Empire et incarnent une brèche ouverte sur de multiples possibles.
Habiter les marges nous permet de voir de près le mur de la forteresse, mais aussi ses fissures. D’ici, la frontière lance un avertissement, mais aussi un défi ; elle est la ligne physique ou imaginaire qui sépare brutalement l’espoir du désespoir, le privilège de l’exploitation, le touriste du clandestin. Et parfois, les centres de rétention s’embrasent.
Nous habitons un territoire ravagé par le pillage capitaliste. Une violence qui, après le dépeuplement causé par l’émigration des ouvriers agricoles sans terre, s’est poursuivie avec l’implantation d’infrastructures industrielles prédatrices. L’aciérie de Tarente, le complexe pétrochimique de Brindisi et l’extraction pétrolière en Lucanie ne sont que les blessures les plus visibles d’un territoire soumis à toute opération cosmétique pouvant le rendre désirable sur le marché touristique.
Proposition
Nous voulons organiser trois jours de rencontres sur notre territoire, le Salento, afin de donner voix aux luttes provenant de différents lieux et d’élaborer ensemble des analyses politiques à la hauteur des exigences de notre époque.
L’interconnexion des lieux d’amitié pourrait ressembler à une expérience de proximité, une mujawara - comme l’appelleraient nos camarades libanaises – car nous savons que la solidarité ne repose pas sur l’accomplissement d’une « bonne action militante », mais sur le fait de considérer d’autres luttes comme faisant partie des nôtres, et inversement. Se reconnaître est le moteur de l’internationalisme.
Nous commencerons par habiter un lieu où partager récits et perspectives, nourriture, musique ; un lieu dont nous serons les hôtes – sséni – sur les rivages de la méditerranée. Nous organiserons, sur l’espace d’un camping, des journées de discussion, de rencontre et de convivialité, mais aussi de découverte des territoires et de mise en commun des projets de lutte.
Nous vous invitons à participer à la construction de cette rencontre en proposant des interventions à partir de vos expériences, analyses et pratiques développées entre centres et marges ; des rapports entre frontières et traversées, entre militarisation et spéculation touristique d’une part, et expériences de résistance, de subsistance et de solidarité internationaliste d’autre part.
Nous comptons publier prochainement un approfondissement de ces thématiques. Les propositions d’intervention peuvent être envoyées à l’adresse suivante :
maisiaturista@riseup.net
